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La Wunderteam ou l’équipe maudite
Catégories: Ballon de culture

Bonjour à tous,

Rappelez vous l’Euro 2008, l’Autriche fait pâle figure chez elle en étant incapable de remporter le moindre match devant son public. Même si les loisirs autrichiens se résument souvent aux sports d’hiver, Il fut pourtant un temps où le football autrichien était craint et respecté…si si je vous jure. Ce fut l’époque du mythique Hugo Meisl, une grande figure de l’histoire du football.

Né en 1881 dans la république tchèque actuelle, Hugo Meisl fut envoyé à Vienne par ses parents pour effectuer des hautes études. Très à l’aise avec les langues, il apprit rapidement le français, l’italien, l’espagnol et l’anglais. Dans le même temps, il joua aussi dans l’équipe de Vienna Cricket FC. Promis à un avenir de comptable de premier ordre, il mit un terme à sa carrière de footballeur à 24 ans. Cependant il fut très vite rattrapé par sa passion en devenant tout d’abord arbitre, puis membre de la fédération autrichienne de football qu’il avait contribué à fonder. Son investissement le conduit logiquement à la tête de la sélection en 1912. Il débuta par une victoire à Gênes sur l’Italie sur le score de 3-1. Après avoir servi sous les ordres de l’armée autrichienne pendant la premiere guerre mondiale, il reprend les reines de l’équipe en 1919.

Sa philosophie de jeu fut surtout influencée par l’anglais Jimmy Hogan, son adjoint considéré comme le père du football moderne avec son jeu basé sur les passes courtes à ras de terre. Hogan fut aussi un précurseur pour l’introduction du suivi diététique des joueurs. Leur travail sera récompensé à partir de 1931 où l’Autriche va connaître ses heures de gloire. Pour les puristes, l’aventure débuta le 16 mai 1931 lorsqu’ils plièrent l’Ecosse sur le score sans appel de 5-0 alors qu’elle était considérée comme l’une des nations les plus fortes de l’époque. La Wunderteam, équipe des merveilles ou des miracles était alors née.

Son fait le plus marquant sera alors de remporter la seconde édition de la Coupe Internationale, première version du championnat d’Europe des nations. Cette compétition consistait en une poule où chaque équipe rencontrait son adversaire deux fois, à domicile et à l’extérieur. Inutile de vous dire qui fut à l’origine de ce tournoi, et bien si, ce fut encore Hugo Meisl[1]. Les membres fondateurs de la compétition furent l’Autriche, la Hongrie, l’Italie, la Tchécoslovaquie et la Suisse. A l’époque le football danubien dominait la scène internationale. Il ne manquait que les britanniques qui boudaient la FIFA, et se croyaient nettement supérieurs au reste du monde.

Au cours de cette période, l’équipe blanche et rouge va alors enchaîner les victoires de prestige dont les plus retentissantes furent :

Allemagne – Autriche 0-6

Autriche – Allemagne 5-0

Autriche – Suisse 8-1

Autriche – Hongrie 8-2

Autriche – Suède 4-1

Autriche – Hongrie 3-2

Autriche -Suisse 3-1

Autriche – Belgique 6-1

France – Autriche 0-4

Italie – Autriche 2-4

Entre le premier succès en 31 et le début de la coupe du monde 1934, l’équipe totalisa 31 rencontres pour 28 victoires, 2 défaites et 1 match nul pour 102 buts inscrits. A noter aussi le match mythique à Stamford Bridge contre l’Angleterre remporté 4-3 par les locaux. Malgré leur défaite, les autrichiens sortirent sous les applaudissements du public britannique. Trop fair-play ces rosbifs.

Le schéma de l’équipe consistait en un 2-3-2-3 ou WW[2] développé par son homologue italien et ami Pozzo. Alors que l’italien se cantonne à une adaptation pure de son système, Meisl appliquera sa propre version basée sur la dynamique des rôles, prévoyant ainsi des changements de poste pendant le match. Son animation offensive se rapprochait du style britannique. L’équipe effectuait un pressing haut avec 5 joueurs toujours en mouvement qui compensaient les espaces en défense. Cependant face au jeu rugueux des britanniques, Meisl privilégiait la possession de balle et les passes ras de terre. Il mettait l’accent sur la trajectoire des passes qui devaient toujours être données dans l’espace libre pour ne pas freiner la dynamique de l’équipe vers l’avant. En conséquence, son système était sans doute un hybride ente le WW et le WM[3]. Il répétait constamment qu’il n’existait pas de système figé. Son leitmotiv était la construction qui devait commencer par le gardien avec un jeu en perpétuel mouvement. « La meilleure défense est une bonne attaque » était la marque de fabrique du jeu autrichien.[4]

Son joueur le plus symbolique était Sindelar, surnommé le Mozart du football ou encore l‘homme de papier en raison de sa tête de bambin et de son corps chétif. C’était un avant centre doté d’une technique hors normes. Son talent excellait dans le un contre un. Il joua à l’Hertha de Vienne puis à l’Austria où il remporta 6 coupes nationales et deux championnats. En équipe nationale, il comptabilise 44 sélections pour 27 buts et fut récemment élu meilleur sportif autrichien du XXe siècle.

A ses cotés, on retrouvait un autre joueur très talentueux, Joseph Bican, dit Pepi. Il joua principalement au Rapid de Vienne, puis ensuite au Slavia de Prague. Il fut consécutivement 5 fois meilleur buteur européen de 40 à 44[5]. Au niveau international il inscrivit 14 buts pour 19 rencontres sous le maillot rouge et blanc.

Ainsi, cette Wunderteam se présenta au mondial 1934 dans la peau du favori. Lors des phases finales, ils gagnèrent au premier tour contre la France 3-2 après prolongations. En quart de finale, ils passèrent 2-1 contre l’Hongrie, au fil d’une rencontre violente qui laissa des joueurs sur le carreau avant la demi finale contre les Italiens. Il faut rappeler que cette coupe du monde de 1934 se déroula au sein de l’Italie fasciste de Mussolini. Cette compétition fut avant tout dictée par le réalisme des temps modernes avec un tournoi très âpre marqué par de nombreux attentats sur les terrains. Dans ce contexte, l’Autriche fut pris au piège de l’étau transalpin. Le match se conclut sur le score de 1-0 avec un but de Guaita très discutable. Tandis que le gardien Combi sortit de grosses parades, le défenseur Monti dit le boucher[6] exerça un marquage plus que limite sur Sindelar qui finit la rencontre blessée. Fait hallucinant, l’arbitre Ivan Eklind dirigea aussi bien la demi-finale que la finale de l’Italie. Même si rien ne fut jamais prouvé, la légende urbaine parla d’une rencontre entre le Duce et le suédois, la veille de la demi finale contre l’Autriche. Les autrichiens perdirent aussi le match de la troisième place contre les allemands.

Il faut aussi rappeler que lors de la première et troisième édition de la Coupe Internationale, la Wunderteam se classa deux fois deuxième…toujours derrière l’Italie. Si le jeu de Sindelar et Cie était souvent assimilé à un venin mortel pour ses adversaires, son antidote était sans aucun doute l’Italie. La défaite injuste au mondial en 34 sonna le déclin de l’équipe autrichienne. Pire encore, son destin sera désormais tristement lié à l’avènement du nazisme.

Aux jeux olympiques de 1936, l’Autriche perdit en quart de finale contre le Pérou. Cependant la fédération nazie accorda la victoire sur tapis vert aux autrichiens pour une prétendue invasion de terrain de la part des spectateurs péruviens (trop de flûtes de pan dans les tympans)[7]. Malgré cet épisode, l’Autriche obtiendra tout de même la médaille d’argent en ratant une fois de plus la dernière marche contre l’éternel rival transalpin (2-1 dans les arrêts de jeu).

En février 1937, à la mort de Meisl, l’épopée prit réellement fin. L’Autriche fut qualifié pour la Coupe du monde 1938, mais le régime nazi la retira de la compétition après l’Anschluss de 1938. Ils exigèrent que les autrichiens jouent désormais pour l’Allemagne. Le 3ème Reich organisa même un match amical entre les deux équipes nationales pour symboliser la fin de la Wunderteam. Sindelar se balada tout le match et inscrivit l’un des deux buts victorieux devant les yeux stupéfaits du haut commandement allemand. Il signa même son but d’une petite danse. Ensuite il refusera de jouer sous la tunique austro allemande évoquant son âge ou des fausses blessures comme excuse. En 1939, on retrouvera son corps inanimé avec celui de sa campagne. Officiellement, on parla d’une intoxication au monoxyde de carbone, mais les rumeurs parlèrent de suicide voir d’assassinat orchestré par la gestapo en raison des origines juives de Sindelar et de son engagement antinazi.

Heureusement, d’autres joueurs connurent plus de chance comme le célèbre gardien Hiden qui après un match international au Parc des Princes contre la France, fut recruté par le FC Paris. Malgré son caractère difficile[8], il fut naturalisé français en 1937 et fut même sélectionné une fois en équipe de France. De son coté, Bican après avoir refusé de signer à la Juventus, enfilera 14 fois la tunique tchécoslovaque (12 buts), et une fois celle de la Bohême Moravie (3 buts pour seul match).

Même si la Wunderteam aurait pu glaner plus de titres, elle reste néanmoins considérée comme la meilleure sélection d’avant la Seconde guerre mondiale. Cette équipe pratiquait un jeu avant-gardiste, très similaire à celui de la Hongrie des années 50 de Puskas. On peut donc supposer que ces deux équipes furent les principales mères fondatrices du football total qui dominera ce sport au début des années 70. D’ailleurs, faut-il voir une simple coïncidence dans le fait que les oranges de Cruyff furent dirigés par un certain autrichien Ernst Happel ?

Tschuss


[1] Le même Hugo Meisl qui pensa et organisa la Mitropa Cup (ancêtre des coupes d’ Europe actuelles) en 1924 et qui fut à l’origine la même année de la création de la ligue professionnelle autrichienne en 1924-25, la premiere en europe.

[2] On retrouve sur le terrain la forme de ces deux lettres

[3] À l’époque, les équipes britanniques évoluaient en WM, système inventé par Chapman.

[4] « Au lieu de mettre un joueur maladroit, je préfère jouer à dix » célèbre phrase de Meisl

[5] Le trophée du soulier d’or n’existait pas encore à l’époque

[6] Lors de la double confrontation en quart de finale contre l’Espagne, il blessa 3 joueurs

[7] Cela créa un incident diplomatique entre le Pérou et l’Allemagne. Aujourd’hui cette histoire n’a toujours pas été éclaircie. Les autrichiens se seraient plaints du comportement intimidateur des joueurs péruviens ainsi que de leurs supporters. Un supporter aurait entre autres menacé un joueur avec un gun de l’époque, c’est à dire un pistolet

[8] Il refusa de jouer pendant 6 mois afin d’obtenir une augmentation salariale

NB: si vous ne l’avez pas encore fait, visitez la galerie wefoot ci dessous

http://www.wefoot.com/galerie/

2 commentaires sur “La Wunderteam ou l’équipe maudite”

  1. Susie says:

    You have the monopoly on ueusfl information-aren’t monopolies illegal? ;)

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